Duff McKagan et Shooter Jennings : l’exorcisme par le rock au Trabendo (Paris)

Le bassiste de Guns N’ Roses a affirmé sa personnalité et exorcisé ses démons sur la petite scène du Trabendo à Paris. Pas de sous-GNR mais une musique à la croisée du punk et de la country portée par des textes engagés et souvent autobiographiques.  

Une bonne période pour les fans de Guns N’ Roses

Trois ans après la reformation historique du groupe de Los Angeles, deux ans après leur retour en Europe (on y était) et un an après le retour du retour en Europe (on y était aussi), ce sont les fidèles lieutenants d’Axl Rose qui viennent combler le manque. Après Slash au Zenith en février, c’est au tour de Duff McKagan de nous rendre visite cette rentrée.

Une fois n’est pas coutume, c’est en solo que l’on retrouve le bassiste californien au Trabendo. Il faut dire que le grand blond avec un costume noir (55 ans) a pas mal roulé sa basse sur la scène rock. Et on l’a d’ailleurs souvent vu à Paris. Avec Guns N’ Roses (évidemment) mais aussi avec les Neurotic Outsiders ou les Walking Papers. Sans compter ses collaborations avec Velvet Revolver, Loaded, 10 Minute Warning ou même Jane’s Addiction.

Duff sur la scène du Trabendo.

Tenderness, un album solo plein de… tendresse

Entre deux méga-tournées avec GNR, Duff a trouvé le temps d’écrire et d’enregistrer Tenderness, un album sincère et bourré de… tendresse, entre folk et country, 26 ans après son premier opus solo beaucoup plus rock “Believe in Me”.

Un disque sobrement orchestré par la star country Shooter Jennings, à base de pedal steel, violons, pianos et cuivres, qui sonne comme la suite logique de sa touchante reprise de Johnny Thunders (You Can’t Put Your Arms Around a Memory) enregistrée en 1993. 

Dans des compositions justes et jamais trop mielleuses, Duff évoque notamment les sans-abris (Cold Outside), les tueries de masse (Parkland), les addictions (Falling Down) ou les violences faites aux femmes (Last September). Dans les magazines, on appelle cela l’album de la maturité.

Des montagnes russes émotionnelles

“Je vous préviens, ce concert va ressembler à des montagnes russes” lance Duff, hilare, après une grosse demi heure de concert sur la petite scène du Trabendo. 

Après une entrée en matière plutôt calme et sérieuse, le groupe vient de jouer les dernières notes de Dust n’ Bones (reprise de qui vous savez) et la fosse a vécu sa deuxième transe de la soirée. La première avait eu lieu trente minutes plus tôt, avec une version un peu trop karaoké de You Ain’t The First (encore une reprise de qui vous savez). 

Dust n’ Bones au Trabendo

Comme par hasard, deux des morceaux les plus country du répertoire de Guns N’ Roses. Et deux morceaux rarement interprétés par la maison mère. On n’a pas fait le déplacement pour rien.

Un groupe de country rock

Pantalon, chemise et gilet noir, le grand Duff a troqué sa basse pour une guitare. Entre deux gorgées de boisson énergisante, McKagan crache sur scène autant que Patti Smith, assure les chants et le leadership.

Shooter Jennings, « son ami, son frère, son producteur », ne quittera pas ses claviers ni ses lunettes noires après avoir assuré avec brio une première partie résolument country. 

Shooter Jennings au Trabendo
Shooter Jennings et son groupe, en première partie de Duff McKagan au Trabendo.

Ce sont d’ailleurs les mêmes musiciens qui accompagnent Duff. La charmante Aubrey Richmond au violon, les rednecks John Schreffler et Ted Russell Kamp à la guitare et à la basse et le fou furieux Jamie Douglass à la batterie. Ce sont eux qui donnent cette couleur sudiste et très americana à la musique du membre fondateur de Guns N’ Roses.

Une autobiographie en musique

Entre les deux reprises de GNR précitées, le natif de Seattle avait captivé l’audience avec ses récentes compositions. La superbe valse country Breaking Rocks en duo avec Shooter Jennings, le sublime Tenderness et le plus relevé Chip Away, avant les plus graves Feel (joué en hommage à Scott Weiland, Chris Cornell ou Prince), Wasted Heart (composé pour sa femme qui l’a soutenu pendant ses périodes les plus sombres) et River of Deceit (reprise de Mad Season, groupe de grunge originaire de sa ville natale).

Regard noir, mâchoire serrée, Duff vit ses morceaux autant qu’il les interprète. Et nous rappelle à quel point cet album solo est une autobiographie en musique. Il nous le chantera même de manière plus explicite en transformant le “I’m not the only one with whom these feelings I share” de Dead Horse en “these problems I share”.

Duff sur la scène du Trabendo.

Le deuxième acte de la soirée prend une tournure résolument sombre avec Last September, It’s Not Too Late, Falling Down, Cold Outside et surtout Parkland. 

Poing levé, voix tremblante et mélodies poignantes, Duff évoque les violences domestiques, les sans-abris, les tueries de masses. Tous les sujets de société y passent. On est loin de It’s So Easy et Rocket Queen.

Seule une petite impro “Paris we love you” sur la mélodie de You Can’t Put Your Arms Around a Memory allège cette partie de la soirée.

Duff sur la scène du Trabendo.

The Clash vs Guns N’ Roses

Mais Duff avait évidemment gardé le meilleur pour la fin : un terrible enchaînement The Clash / Guns N’ Roses.

Sur le premier, Clampdown, on retrouve le Duff punk des Neurotics Outsiders, bien accompagné par le groove diabolique de sa section rythmique, notamment Ted Russell Kamp à la basse et au chant. Un grand moment.

Sur le second, Dead Horse – quel plaisir d’entendre ce titre de GNR pour la première fois en concert ! -, c’est carrément l’extase. Duff fait durer le riff d’intro – l’un des meilleurs du groupe -, en profite pour flatter Shooter Jennings (“Mais quel beau gosse !”), avant le déferlement sonore du premier couplet et – surprise – Aubrey Richmond (la violoniste) au chant micro en main sur le deuxième pour monter dans les aigus si chers à Axl Rose. Magistral. 

Dead Horse au Trabendo par SlashFrance

« On joue tous les morceaux qu’on connaît et on s’en va. Pas la peine d’attendre un rappel » lance Duff entre deux “Paris, je t’aime”. Le groupe quitte la scène du Trabendo après un final en beauté, sur un tempo plus lent mais intense : Don’t Look Behind You et Deepest Shade. 90 minutes et puis s’en va. Pas de rappel, avait annoncé Duff. Il n’a pas menti. C’est pas le genre.

Duff sur la scène du Trabendo.

LIRE AUSSI

Set list du concert de Duff Mc Kagan au Trabendo, Paris, le 3 septembre 2019

You Ain’t the First (Guns N’ Roses)

Breaking Rocks

Tenderness

Chip Away

Feel

Wasted heart 

River of Deceit (Mad Season)

Dust N’ Bones (Guns N’ Roses)

Last September

It’s Not Too Late

Falling Down

Paris We Love You

Cold Outside

Parkland

Clampdown (The Clash)

Dead Horse (Guns N’ Roses)

Don’t Look Behind You

Deepest Shade (Mark Lanegan)

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David Écrit par :

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